pomes
    

André Chénier
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
Fanny

Fanny, l'heureux mortel qui près de toi respire
Sait, à te voir parler et rougir et sourire,
De quels hôtes divins le ciel est habité
La grâce, la candeur, la naïve innocence
Ont, depuis ton enfance
De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.

Sur tes traits, o ton me imprime sa noblesse,
Elles ont su mler aux roses de jeunesse
Ces roses de pudeur, charmes plus sduisants,
Et remplir tes regards, tes lvres, ton langage,
De ce miel dont le sage
Cherche lui-mme en vain dfendre ses sens.

Oh ! que n'ai-je moi seul tout l'clat et la gloire
Que donnent les talents, la beaut, la victoire,
Pour fixer sur moi seul ta pense et tes yeux ;
Que, loin de moi, ton cur ft plein de ma prsence,
Comme, dans ton absence,
Ton aspect bien-aim m'est prsent en tous lieux !

Je pense : Elle tait l ; tous disaient : " Qu'elle est belle ! "
Tels furent ses regards, sa dmarche fut telle,
Et tels ses vtements, sa voix et ses discours.
Sur ce gazon assise, et dominant la plaine,
Des mandres de Seine,
Rveuse, elle suivait les obliques dtours.

Ainsi dans les forts j'erre avec ton image ;
Ainsi le jeune faon, dans son dsert sauvage,
D'un plomb volant perc, prcipite ses pas.
Il emporte en fuyant sa mortelle blessure ;
Couch prs d'une eau pure,
Palpitant, hors d'haleine, il attend le trpas.

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