pomes
    

Alphonse de Lamartine
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
Rveries du jeune ge
Enfant, jai quelquefois pass des jours entiers
Au jardin, dans les prs, dans quelques verts sentiers
Creuss sur les coteaux par les bufs du village,
Tout voils daubpine et de mre sauvage ;
Mon chien auprs de moi, mon livre dans la main,
Marrtant sans fatigue et marchant sans chemin,
Tantt lisant, tantt corant quelque tige,
Suivant dun il distrait linsecte qui voltige,
Leau qui coule au soleil en petits diamants,
Ou loreille cloue  des bourdonnements,
Puis, choisissant un gte  labri dune haie,
Comme un livre tapi quun aboiement effraie,
Ou couch dans le pr, dont les gramens en fleurs
Me noyaient dans un lit de mystre et dodeurs,
Et recourbaient sur moi des rideaux dombre obscure,
Je reprenais de lil et du cur ma lecture,
Ctait quelque pote au sympathique accent
Qui rvle  lesprit ce que le cur pressent,
Hommes prdestins, mystrieuses vies,
Dont tous les sentiments coulent en mlodies,
Que lon aime  porter avec soi dans les bois,
Comme on aime un cho qui rpond  nos voix !
Ou bien ctait encor quelque touchante histoire
Damour et de malheur, triste et bien dure  croire :
Virginie arrache  son frre, et partant,
Et la mer la jetant morte au cur qui lattend !
Je la mouillais de pleurs et je marquais le livre,
Et je fermais les yeux et je mcoutais vivre ;
Je sentais dans mon sein monter comme une mer
De sentiment doux, fort, triste, amoureux, amer,
Dimages de la vie et de vagues penses
Dans les flots de mon me indolemment berces,
Doux fantmes despoir dont jtais crateur,
Drames mystrieux, et dont jtais lacteur.
Puis, comme des brouillards aprs une tempte,
Tous ces drames conus et jous dans ma tte
Se brouillaient, se croisaient, lun lautre seffaaient ;
Mes pensers soulevs comme un flot saffaissaient ;
Les gouttes se schaient au bord de ma paupire,
Mon me transparente absorbait la lumire,
Et sereine et brillante avec lheure et le lieu,
Dun lan naturel se soulevait  Dieu.
Tout finissait en lui comme tout y commence,
Et mon cur apais sy perdait en silence ;
Et je passais ainsi, sans men apercevoir,
Tout un long jour dt, de laube jusquau soir,
Sans que la moindre chose intime, extrieure,
Men indiqut la fuite, et sans connatre lheure
Quau soleil qui changeait de pente dans les cieux,
Au soir plus plissant sur mon livre ou mes yeux,
Au serein qui de lherbe humectait les calices :
Car un long jour ntait quune heure de dlices !

Lectures pour tous (1860)
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