pomes
    

Alphonse de Lamartine
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
Adieux la mer
Murmure autour de ma nacelle,
Douce mer dont les flots chris,
Ainsi qu'une amante fidle,
Jettent une plainte ternelle
Sur ces potiques dbris.

Que j'aime  flotter sur ton onde.
A l'heure o du haut du rocher
L'oranger, la vigne fconde,
Versent sur ta vague profonde
Une ombre propice au nocher !

Souvent, dans ma barque sans rame,
Me confiant  ton amour,
Comme pour assoupir mon me,
Je ferme au branle de ta lame
Mes regards fatigus du jour.

Comme un coursier souple et docile
Dont on laisse flotter le mors,
Toujours, vers quelque frais asile,
Tu pousses ma barque fragile
Avec l'cume de tes bords.

Ah! berce, berce, berce encore,
Berce pour la dernire fois,
Berce cet enfant qui t'adore,
Et qui depuis sa tendre aurore
N'a rv que l'onde et les bois!

Le Dieu qui dcora le monde
De ton lment gracieux,
Afin qu'ici tout se rponde,
Fit les cieux pour briller sur l'onde,
L'onde pour rflchir les cieux.

Aussi pur que dans ma paupire,
Le jour pntre ton flot pur,
Et dans ta brillante carrire
Tu sembles rouler la lumire
Avec tes flots d'or et d'azur.

Aussi libre que la pense,
Tu brises le vaisseau des rois,
Et dans ta colre insense,
Fidle au Dieu qui t'a lance,
Tu ne t'arrtes qu' sa voix.

De l'infini sublime image,
De flots en flots l'oeil emport
Te suit en vain de plage en plage,
L'esprit cherche en vain ton rivage,
Comme ceux de l'ternit.

Ta voix majestueuse et douce
Fait trembler l'cho de tes bords,
Ou sur l'herbe qui te repousse,
Comme le zphyr dans la mousse,
Murmure de mourants accords.

Que je t'aime,  vague assouplie,
Quand, sous mon timide vaisseau,
Comme un gant qui s'humilie,
Sous ce vain poids l'onde qui plie
Me creuse un liquide berceau.

Que je t'aime quand, le zphire
Endormi dans tes antres frais,
Ton rivage semble sourire
De voir dans ton sein qu'il admire
Flotter l'ombre de ses forts!

Que je t'aime quand sur ma poupe
Des festons de mille couleurs,
Pendant au vent qui les dcoupe,
Te couronnent comme une coupe
Dont les bords sont voils de fleurs!

Qu'il est doux, quand le vent caresse
Ton sein mollement agit,
De voir, sous ma main qui la presse,
Ta vague, qui s'enfle et s'abaisse
Comme le sein de la beaut!

Viens,  ma barque fugitive
Viens donner le baiser d'adieux;
Roule autour une voix plaintive,
Et de l'cume de ta rive
Mouille encor mon front et mes yeux.

Laisse sur ta plaine mobile
Flotter ma nacelle  son gr,
Ou sous l'antre de la sibylle,
Ou sur le tombeau de Virgile :
Chacun de tes flots m'est sacr.

Partout, sur ta rive chrie,
O l'amour veilla mon coeur,
Mon me,  sa vue attendrie,
Trouve un asile, une patrie,
Et des dbris de son bonheur,

Flotte au hasard : sur quelque plage
Que tu me fasses driver,
Chaque flot m'apporte une image;
Chaque rocher de ton rivage
Me fait souvenir ou rver...



Mditations potiques



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