pomes
    

Alphonse de Lamartine
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
La semaine Sainte la Roche-Guyon

Ici viennent mourir les derniers bruits du monde :
Nautoniers sans toile, abordez ! c'est le port :
Ici l'me se plonge en une paix profonde,
Et cette paix n'est pas la mort.

Ici jamais le ciel n'est orageux ni sombre;
Un jour gal et pur y repose les yeux.
C'est ce vivant soleil, dont le soleil est l'ombre,
Qui le rpand du haut des cieux.

Comme un homme veill longtemps avant l'aurore
Jeunes, nous avons fui dans cet heureux sjour,
Notre rve est fini, le vtre dure encore;
Eveillez-vous ! voil le jour.

Curs tendres, approchez ! Ici l'on aime encore;
Mais l'amour, pur, s'allume sur l'autel.
Tout ce qu'il a d'humain, ce feu s'vapore;
Tout ce qui reste est immortel !

La prire qui veille en ces saintes demeures
De l'astre matinal nous annonce le cours;
Et, conduisant pour nous le char pieux des heures,
Remplit et mesure nos jours.

L'airain religieux s'veille avec l'aurore;
Il mle notre hommage la voix des zphyrs,
Et les airs, branls sous le marteau sonore,
Prennent l'accent de nos soupirs.

Dans le creux du rocher, sous une vote obscure,
S'lve un simple autel : roi du ciel, est-ce toi?
Oui, contraint par l'amour, le Dieu de la nature
Y descend, visible la foi.

Que ma raison se taise, et que mon cur adore !
La croix mes regards rvle un nouveau jour;
Aux pieds d'un Dieu mourant, puis-je douter encore?
Non, l'amour m'explique l'amour !

Tous ces fronts prosterns, ce feu qui les embrase,
Ces parfums, ces soupirs s'exhalant du saint lieu,
Ces lans enflamms, ces larmes de l'extase,
Tout me rpond que c'est un Dieu.

Favoris du Seigneur, souffrez qu' votre exemple,
Ainsi qu'un mendiant aux portes d'un palais,
J'adore aussi de loin, sur le seuil de son temple,
Le Dieu qui vous donne la paix.

Ah ! laissez-moi mler mon hymne vos louanges !
Que mon encens souill monte avec votre encens.
Jadis les fils de l'homme aux saints concerts des anges
Ne mlaient-ils pas leurs accents !

Du nombre des vivants chaque aurore m'efface,
Je suis rempli de jours, de douleurs, de remords.
Sous le portique obscur venez marquer ma place,
Ici, prs du sjour des morts !

Souffrez qu'un tranger veille auprs de leur cendre,
Brlant sur un cercueil comme ces saints flambeaux;
La mort m'a tout ravi, la mort doit tout me rendre;
J'attends le rveil des tombeaux !

Ah ! puiss-je prs d'eux, au gr de mon envie,
l'ombre de l'autel, et non loin de ce port,
Seul, achever ainsi les restes de ma vie
Entre l'esprance et la mort !

Mditations potiques

envoyez vos commentaires pas encore de commentaire
version  imprimer dans une nouvelle fentre





   ·   contact   ·  livre d'or · les arbres · European trees · voyages  · 1500chansons · Fables de Jean de La Fontaine · Les passions (rcits)
Cette page a mis 0.01 s. à s'exécuter - Conception© 2006 - www.lespassions.fr