pomes
    

Alphonse de Lamartine
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
La Posie sacre

Son front est couronn de palmes et d'toiles;
Son regard immortel, que rien ne peut ternir,
Traversant tous les temps, soulevant tous les voiles,
Rveille le pass, plonge dans l'avenir !
Du monde sous ses yeux ses fastes se droulent,
Les sicles ses pieds comme un torrent s'coulent;
son gr descendant ou remontant leurs cours,
Elle sonne aux tombeaux l'heure, l'heure fatale,
Ou sur sa lyre virginale
Chante au monde vieilli ce jour, pre des jours !
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Ecoutez ! - Jhova s'lance
Du sein de son ternit.
Le chaos endormi s'veille en sa prsence,
Sa vertu le fconde, et sa toute-puissance
Repose sur l'immensit !

Dieu dit, et le jour fut; Dieu dit, et les toiles
De la nuit ternelle claircirent les voiles;
Tous les lments divers
sa voix se sparrent;
Les eaux soudain s'coulrent
Dans le lit creus des mers;
Les montagnes s'levrent,
Et les aquilons volrent
Dans les libres champs des airs !

Sept fois de Jhova la parole fconde
Se fit entendre au monde,
Et sept fois le nant sa voix rpondit;
Et Dieu dit : Faisons l'homme ma vivante image.
Il dit, l'homme naquit; ce dernier ouvrage
Le Verbe crateur s'arrte et s'apllaudit !
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Mais ce n'est plus un Dieu ! - C'est l'homme qui soupire
Eden a fui !... voil le travail et la mort !
Dans les larmes sa voix expire;
La corde du bonheur se brise sur sa lyre,
Et Job en tire un son triste comme le sort.
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Ah ! prisse jamais le jour qui m'a vu natre !
Ah ! prisse jamais la nuit qui m'a conu !
Et le sein qui m'a donn l'tre,
Et les genoux qui m'ont reu !

Que du nombre des jours Dieu pour jamais l'efface;
Que, toujours obscurci des ombres du trpas,
Ce jour parmi les jours ne trouve plus sa place,
Qu'il soit comme s'il n'tait pas !

Maintenant dans l'oubli je dormirais encore,
Et j'achverais mon sommeil
Dans cette longue nuit qui n'aura point d'aurore,
Avec ces conqurants que la terre dvore,
Avec le fruit conu qui meurt avant d'clore
Et qui n'a pas vu le soleil.

Mes jours dclinent comme l'ombre;
Je voudrais les prcipiter.
O mon Dieu ! retranchez le nombre
Des soleils que je dois compter !
L'aspect de ma longue infortune
Eloigne, repousse, importune
Mes frres lasss de mes maux;
En vain je m'adresse leur foule,
Leur piti m'chappe et s'coule
Comme l'onde au flanc des coteaux.

Ainsi qu'un nuage qui passe,
Mon printemps s'est vanoui;
Mes yeux ne verront plus la trace
De tous ces biens dont j'ai joui.
Par le souffle de la colre,
Hlas ! arrach la terre,
Je vais d'o l'on ne revient pas !
Mes vallons, ma propre demeure,
Et cet il mme qui me pleure,
Ne reverront jamais mes pas !

L'homme vit un jour sur la terre
Entre la mort et la douleur;
Rassasi de sa misre,
Il tombe enfin comme la fleur;
Il tombe ! Au moins par la rose
Des fleurs la racine arrose
Peut-elle un moment refleurir !
Mais l'homme, hlas !, aprs la vie,
C'est un lac dont l'eau s'est enfuie :
On le cherche, il vient de tarir.

Mes jours fondent comme la neige
Au souffle du courroux divin;
Mon esprance, qu'il abrge,
S'enfuit comme l'eau de ma main;
Ouvrez-moi mon dernier asile;
L, j'ai dans l'ombre un lit tranquille,
Lit prpar pour mes douleurs !
O tombeau ! vous tes mon pre !
Et je dis aux vers de la terre :
Vous tes ma mre et mes surs !

Mais les jours heureux de l'impie
Ne s'clipsent pas au matin;
Tranquille, il prolonge sa vie
Avec le sang de l'orphelin !
Il tend au loin ses racines;
Comme un troupeau sur les collines,
Sa famille couvre Sgor;
Puis dans un riche mausole
Il est couch dans la valle,
Et l'on dirait qu'il vit encor.

C'est le secret de Dieu, je me tais et l'adore !
C'est sa main qui traa les sentiers de l'aurore,
Qui pesa l'Ocan, qui suspendit les cieux !
Pour lui, l'abme est nu, l'enfer mme est sans voiles !
Il a fond la terre et sem les toiles !
Et qui suis-je ses yeux?
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Mais la harpe a frmi sous les doigts d'Isae;
De son sein bouillonnant la menace longs flots
S'chappe; un Dieu l'appelle, il s'lance, il s'crie :
Cieux et terre, coutez ! silence au fils d'Amos !
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Osias n'tait plus : Dieu m'apparut; je vis
Adona vtu de gloire et d'pouvante !
Les bords blouissants de sa robe flottante
Remplissaient le sacr parvis !

Des sraphins debout sur des marches d'ivoire
Se voilaient devant lui de six ailes de feux;
Volant de l'un l'autre, ils se disaient entre eux :
Saint, saint, saint, le Seigneur, le Dieu, le roi des dieux !
Toute la terre est pleine de sa gloire !

Du temple ces accents la vote s'branla,
Adona s'enfuit sous la nue enflamme :
Le saint lieu fut rempli de torrents de fume.
La terre sous mes pieds trembla !

Et moi ! je resterais dans un lche silence !
Moi qui t'ai vu, Seigneur, je n'oserais parler !
ce peuple impur qui t'offense
Je craindrais de te rvler !

Qui marchera pour nous? dit le Dieu des armes.
Qui parlera pour moi? dit Dieu : Qui? moi, Seigneur !
Touche mes lvres enflammes !
Me voil ! je suis prt !... malheur !

Malheur vous qui ds l'aurore
Respirez les parfums du vin !
Et que le soir retrouve encore
Chancelants aux bords du festin !
Malheur vous qui par l'usure
Etendez sans fin ni mesure
La borne immense de vos champs !
Voulez-vous donc, mortels avides,
Habiter dans vos champs arides,
Seuls, sur la terre des vivants?

Malheur vous, race insense !
Enfants d'un sicle audacieux,
Qui dites dans votre pense :
Nous sommes sages nos yeux :
Vous changez ma nuit en lumire,
Et le jour en ombre grossire
O se cachent vos volupts !
Mais, comme un taureau dans la plaine,
Vous tranez aprs vous la chane
Des vos longues iniquits !

Malheur vous, filles de l'onde !
Iles de Sydon et de Tyr !
Tyrans ! qui trafiquez du monde
Avec la pourpre et l'or d'Ophyr !
Malheur vous ! votre heure sonne !
En vain l'Ocan vous couronne,
Malheur toi, reine des eaux,
toi qui, sur des mers nouvelles,
Fais retentir comme des ailes
Les voiles de mille vaisseaux !

Ils sont enfin venus les jours de ma justice;
Ma colre, dit Dieu, se dborde sur vous !
Plus d'encens, plus de sacrifice
Qui puisse teindre mon courroux !

Je livrerai ce peuple la mort, au carnage;
Le fer moissonnera comme l'herbe sauvage
Ses bataillons entiers !
- Seigneur ! pargnez-nous ! Seigneur ! - Non, point de trve,
Et je ferai sur lui ruisseler de mon glaive
Le sang de ses guerriers !

Ses torrents scheront sous ma brlante haleine;
Ma main nivellera, comme une vaste plaine,
Ses murs et ses palais;
Le feu les brlera comme il brle le chaume.
L, plus de nation, de ville, de royaume;
Le silence jamais !

Ses murs se couvriront de ronces et d'pines;
L'hyne et le serpent peupleront ses ruines;
Les hiboux, les vautours,
L'un l'autre s'appelant durant la nuit obscure,
Viendront leurs petits porter la nourriture
Au sommet de ses tours !
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Mais Dieu ferme ces mots les lvres d'Isae;
Le sombre Ezchiel
Sur le tronc dessch de l'ingrat Isral
Fait descendre son tour la parole de vie.
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L'Eternel emporta mon esprit au dsert :
D'ossements desschs le sol tait couvert;
J'approche en frissonnant; mais Jhova me crie :
Si je parle ces os, reprendront-ils la vie?
- Eternel, tu le sais ! - Eh bien ! dit le Seigneur,
Ecoute mes accents ! retiens-les et dis-leur :
Ossements desschs ! insensible poussire !
Levez-vous ! recevez l'esprit et la lumire !
Que vos membres pars s'assemblent ma voix !
Que l'esprit vous anime une seconde fois !
Qu'entre vos os fltris vos muscles se replacent !
Que votre sang circule et vos nerfs s'entrelacent !
Levez-vous et vivez, et voyez qui je suis !
J'coutai le Seigneur, j'obis et je dis :
Esprits, soufflez sur eux du couchant, de l'aurore;
Soufflez de l'aquilon, soufflez !... Presss d'clore,
Ces restes du tombeau, rveills par mes cris,
Entrechoquent soudain leurs ossements fltris;
Aux clarts du soleil leur paupire se rouvre,
Leurs os sont rassembls, et la chair les recouvre !
Et ce champ de la mort tout entier se leva,
Redevint un grand peuple, et connut Jhova !
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Mais Dieu de ses enfants a perdu la mmoire;
La fille de Sion, mditant ses malheurs,
S'assied en soupirant, et, veuve de sa gloire,
Ecoute Jrmie, et retrouve des pleurs.
------
Le seigneur, m'accablant du poids de sa colre,
Retire tour tour et ramne sa main;
Vous qui passez par le chemin,
Est-il une misre gale ma misre?

En vain ma voix s'lve, il n'entend plus ma voix;
Il m'a choisi pour but de ses flches de flamme,
Et tout le jour contre mon me
Sa fureur a lanc les fils de son carquois !

Sur mes os consums ma peau s'est dessche;
Les enfants m'ont chant dans leurs drisions;
Seul, au milieu des nations,
Le Seigneur m'a jet comme une herbe arrache.

Il s'est envelopp de son divin courroux;
Il a ferm ma route, il a troubl ma voie;
Mon sein n'a plus connu la joie,
Et j'ai dit au Seigneur : Seigneur, souvenez-vous,
Souvenez-vous, Seigneur, de ces jours de colre;
Souvenez-vous du fiel dont vous m'avez nourri;
Non, votre amour n'est point tari :
Vous me frappez, Seigneur, et c'est pourquoi j'espre.

Je repasse en pleurant ces misrables jours;
J'ai connu le Seigneur ds ma plus tendre aurore :
Quand il punit, il aime encore;
Il ne s'est pas, mon me, loign pour toujours.

Heureux qui le connat ! heureux qui ds l'enfance
Porta le joug d'un Dieu, clment dans sa rigueur !
Il croit au salut du Seigneur,
S'assied au bord du fleuve et l'attend en silence.

Il sent peser sur lui ce joug de votre amour;
Il rpand dans la nuit ses pleurs et sa prire,
Et la bouche dans la poussire,
Il invoque, il espre, il attend votre jour.
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Silence, lyre ! et vous silence,
Prophtes, voix de l'avenir !
Tout l'univers se tait d'avance
Devant celui qui doit venir !
Fermez-vous, lvres inspires;
Reposez-vous, harpes sacres,
Jusqu'au jour o sur les hauts lieux
Une voix au monde inconnue,
Fera retentir dans la nue :
PAIX LA TERRE, ET GLOIRE AUX CIEUX !

Mditations potiques

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