pomes
    

Victor Hugo
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
Approchez-vous. Ceci, c'est le tas des dvots.

Cela hurle en grinant un benedicat vos ;
C'est laid, c'est vieux, c'est noir. Cela fait des gazettes.
Pres fouetteurs du sicle, grands coups de garcettes.
Ils nous mnent au ciel. Ils font, blmes grimauds,
De l'me et de Jsus des querelles de mots
Comme Byzance au temps des Jeans et des Eudoxes.
Mfions-nous ; ce sont des gredins orthodoxes.
Ils auraient fait pousser des cris Juvnal.
La douairire aux yeux gris s'bat sur leur journal
Comme sur les marais la grue et la bcasse.
Ils citent Poquelin, Pascal, Rousseau, Boccace,
Voltaire, Diderot, l'aigle au vol ingal,
Devant l'official et le thologal.
L'esprit tant gnant, ces saints le congdient.
Ils mettent Escobar sous bande et l'expdient
Aux bedeaux rayonnants, pour quatre francs par mois.
Avec le vieux savon des jsuites sournois
Ils lavent notre poque incrdule et pensive,
Et le bcher fournit sa cendre leur lessive.
Leur gazette, o les mots de venin sont verdis,
Est la seule qui soit reue au paradis.
Ils sont, l, tout-puissants ; et tandis que leur bande
Prche ici-bas la dme et dfend la prbende,
Ils font chez Jhovah la pluie et le beau temps.
L'ange au glaive de feu leur ouvre deux battants
La porte bienheureuse, effrayante et vermeille ;
Tous les matins, l'heure o l'oiseau se rveille,
Quand l'aube, se dressant au bord du ciel profond,
Rougit en regardant ce que les hommes font
Et que des pleurs de honte emplissent sa paupire,
Gais, ils grimpent l-haut, et, cognant chez saint-Pierre,
Jettent ce portier leur journal impudent.
Ils crivent Dieu comme leur intendant,
Critiquant, gourmandant, et lui demandant compte
Des rvolutions, des vents, du flot qui monte,
De l'astre au pur regard qu'ils voudraient voir loucher,
De ce qu'il fait tourner notre terre et marcher
Notre esprit, et, d'un timbre ornant l'eucharistie,
Ils cachettent leur lettre immonde avec l'hostie.
Jamais marquis. voyant son carrosse broncher,
n'a plus superbement tutoy son cocher ;
Si bien que, ne sachant comment mener le monde,
Ce pauvre vieux bon Dieu, sur qui leur foudre gronde,
Tremblant, cherchant un trou dans ses cieux clatants,
Ne sait o se fourrer quand ils sont mcontents.
Ils ont supprim Rome ; ils auraient dtruit Sparte.
Ces drles sont charms de monsieur Bonaparte.

envoyez vos commentaires pas encore de commentaire
version  imprimer dans une nouvelle fentre





   ·   contact   ·  livre d'or · les arbres · European trees · voyages  · 1500chansons · Fables de Jean de La Fontaine · Les passions (rcits)
Cette page a mis 0 s. à s'exécuter - Conception© 2006 - www.lespassions.fr