pomes
    

Émile Nelligan
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
Rve fantasque

Les bruns chneaux altiers traaient dans le ciel triste,
D'un mouvement rythmique, un bien sombre contour ;
Les beaux ifs langoureux, et l'ypran qui s'attriste
Ombrageaient les verts nids d'amour.
Ici, jets d'eau moirs et fontaines bizarres ;
Des Cupidons d'argent, des plants taills en coeur,
Et tout au fond du parc, entre deux longues barres,
Un cerf bronz d'aprs Bonheur.
Des cygnes blancs et noirs, aux magnifiques cols,
Foltrent bel et bien dans l'eau et sur la mousse ;
Tout prs des nymphes d'or - l-haut la lune douce !
- Vont les oiseaux en gentils vols.
Des sons lents et distincts, faibles dans les rallonges,
Harmonieusement rsonnent dans l'air froid ;
L'opaline nuit m arche, et d'alanguissants songes
Comme elle envahissent l'endroit.
Aux chants des violons, un cho se rveille ;
L-bas, j'entends gmir une voix qui n'est plus ;
Mon me, soudain triste  ce son qui l'veille,
Se noie en un chagrin de plus.
Qu'il est doux de mourir quand notre me s'afflige,
Quand nous pse le temps tel qu'un cuisant remords,
- Que le dsespoir ou qu'un noir penser l'exige -
Qu'il est doux de mourir alors !
Je me rappelle encor... par une nuit de mai,
Mlancoliquement tel que chantait le hle ;
Ainsi j'coutais bruire au del du remblai
Le galop d'un noir Bucphale.
Avec ces vagues bruits fantasquement charmeurs
Rentre dans le nant le rve romanesque ;
Et dans le parc imbu de soudaines fracheurs,
Mais toujours aussi pittoresque,
Seuls, les chneaux plis tracent dans le ciel triste,
D'un mouvement rythmique, un moins sombre contour ;
Les ifs se balanant et l'ypran qui s'attriste
Ombragent les verts nids d'amour.

         
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