pomes
    

Émile Nelligan
sa vie, son oeuvre

Un pome au hasard


 
Prire du soir


Lorsque tout bruit tait muet dans la maison,
Et que mes soeurs dormaient dans des poses lasses
Aux fauteuils anciens d'aeules trpasses,
Et que rien ne troublait le tacite frisson,

Ma mre descendait  pas doux de sa chambre ;
Et, s'asseyant devant le clavier noir et blanc,
Ses doigts faisaient surgir de l'ivoire tremblant
La musique mle aux lunes de septembre.

Moi, j'coutais, coeur dans la peine et les regrets,
Laissant errer mes yeux vagues sur le Bruxelles,
Ou, dispersant mon rve en noires tincelles,
Les levant pour scruter l'nigme des portraits.

Et cependant que tout allait en somnolence
Et que montaient les sons mlancoliquement,
Au milieu du tic-tac du vieux Saxe allemand,
Seuls bruits intermittents qui coupaient le silence,

La nuit s'appropriait peu  peu les rideaux
Avec des frissons noirs  toutes les croises,
Par ces soirs, et malgr les bches embrases,
Comme nous nous sentions soudain du froid au dos !

L'horloge chuchotant minuit au deuil des lampes,
Mes soeurs se rveillaient pour gagner leur lit,
Yeux mi-clos, chevelure parse, front pli,
Sous l'assoupissement qui leur frlait les tempes ;

Mais au salon empli de lunaires reflets,
Avant de remonter pour le calme nocturne,
C'tait comme une attente inerte et taciturne,
Puis, brusque, un cliquetis d'argent de chapelets...

Et pendant que Liszt les sonates tranges
Lentement achevaient de s'endormir en nous,

La famille faisait la prire  genoux
Sous le lointain cho du clavecin des anges.


       
envoyez vos commentaires pas encore de commentaire
version  imprimer dans une nouvelle fentre





   ·   contact   ·  livre d'or · les arbres · European trees · voyages  · 1500chansons · Fables de Jean de La Fontaine · Les passions (rcits)
Cette page a mis 0.05 s. à s'exécuter - Conception© 2006 - www.lespassions.fr